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La Thaïlande s'intéresse aux marchés à forte consommation dans un contexte de ralentissement du tourisme en Chine - Skift

La Thaïlande s'intéresse aux marchés à forte consommation dans un contexte de ralentissement du tourisme en Chine – Skift

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Le piège touristique de la Thaïlande : un tournant décisif au-delà de la Chine

La Thaïlande a donc un problème. Le genre de problème que beaucoup de pays rêvent d'avoir, jusqu'à ce qu'ils le rencontrent. Imaginez : vous avez bâti tout un moteur économique grâce à un flux de visiteurs incroyablement puissant et apparemment incessant. Puis, un jour, le robinet se met à crachoter. Le flux n'est plus ce qu'il était. C'est exactement la situation dans laquelle se trouve la Thaïlande, confrontée à une baisse du nombre de touristes en provenance de son principal marché, la Chine.

Pendant des décennies, l'afflux massif de voyageurs chinois a constitué un véritable raz-de-marée. Aujourd'hui, le royaume fait un pari calculé, et franchement nécessaire. La nouvelle stratégie est un pivot décisif qui s’éloigne du volume pur et vise à attirer moins de voyageurs, mais beaucoup plus riches. Il ne s’agit pas seulement d’une correction de cap mineure ; il s’agit d’une réécriture fondamentale du manuel du tourisme thaïlandais pour le 21e siècle.


L'oie d'or tousse

Revenons un peu en arrière. Avant la pandémie, la Thaïlande était la championne incontestée du tourisme asiatique. En 2019, un nombre record de 39.9 millions de visiteurs internationaux ont envahi ses plages, ses temples et ses rues animées. Parmi ce nombre impressionnant, 11 millions venaient de Chine. Ils ne venaient pas seulement en grands groupes ; ils dépensaient, ce qui en faisait le segment démographique le plus important pour les hôtels, les voyagistes et les vendeurs de rue.

La réalité post-pandémique a été un réveil brutal. Les prévisions initiales pour 2024 étaient optimistes, annonçant un retour complet à la gloire de 2019. Mais le retour de la Chine a été… décevant. On parle d'un déficit projeté de 30 % par rapport aux sommets d'avant la pandémie. Alors, que se passe-t-il ?

Eh bien, c’est une tempête parfaite de vents économiques contraires. Le ralentissement de l’économie intérieure chinoise est le principal frein aux voyages à l’étranger. Alors que les gens s'inquiètent de leur emploi, de la valeur de leur bien immobilier et de la conjoncture économique générale, un voyage à Phuket commence à ressembler à un luxe, et non à une nécessité. Le revenu disponible est canalisé vers les besoins essentiels, et non vers les vacances.

De plus, les obstacles logistiques et financiers n'ont rien arrangé. La capacité aérienne entre les deux pays n'est toujours pas revenue à son niveau d'avant, ce qui maintient les tarifs aériens à des niveaux exorbitants. Et soyons honnêtes, les histoires tragiques qui font parfois la une des journaux – de la sécurité des bateaux aux arnaques touristiques – ont un impact durable sur la perception de la Thaïlande comme une destination sûre et agréable pour les familles chinoises.

Le royaume a construit une autoroute pour le tourisme de masse, et à l'heure actuelle, il y a un embouteillage à sa bretelle d'accès la plus importante.


La nouvelle garde arrive

Les autorités touristiques thaïlandaises ne se contentent pas d'attendre que l'économie chinoise se rétablisse. Ce serait un plan d'affaires désastreux. Au contraire, elles ont analysé les chiffres et constaté l'émergence d'une tendance fascinante, et potentiellement plus lucrative.

Alors que le volume des échanges en provenance de Chine a diminué, d’autres marchés ne se contentent pas de se redresser ; ils explosent. Nous constatons une augmentation massive du nombre de visiteurs en provenance d’autres régions d’Asie et du Moyen-Orient, et ces personnes ont une approche différente de leurs vacances. Ils ne recherchent pas seulement le voyage organisé le moins cher. Ils recherchent une expérience et sont prêts à payer pour cela.

Prenons l'exemple de l'Inde. Les voyageurs indiens arrivent en masse et deviennent rapidement les nouveaux chouchous du tourisme thaïlandais. Les chiffres sont impressionnants, mais ce sont les dépenses qui attirent le plus l'attention. Le touriste indien moyen a tendance à dépenser plus par voyage que son homologue chinois. Ils voyagent souvent en famille, réservent de meilleurs hôtels et se font plaisir en shopping et en gastronomie. Un rêve pour tout marketeur.

Il y a aussi le Moyen-Orient, et plus particulièrement l'Arabie saoudite. Depuis que les deux pays ont renoué leurs relations diplomatiques il y a quelques années, c'est comme ouvrir un salon VIP. L'afflux de touristes saoudiens représente le Saint Graal de cette nouvelle stratégie : les particuliers fortunés. Il s'agit de voyageurs qui réservent des villas de luxe, louent des bateaux privés et n'hésitent pas à dépenser des fortunes dans des boutiques de luxe. Pour un complexe hôtelier à Koh Samui, une famille saoudienne en vacances de deux semaines peut valoir un bus entier de voyageurs à petit budget.

Et n'oublions pas les marchés long-courriers qui ont toujours été fiables. L'Europe, le Royaume-Uni et les États-Unis reviennent en force. Ces voyageurs ont généralement des vacances plus longues et des budgets quotidiens plus importants. Ils sont la pierre angulaire du modèle « la qualité plutôt que la quantité ».


La transformation « High-Spender »

Faire évoluer l'ADN touristique d'un pays entier, du marché de masse au haut de gamme, ne se résume pas à augmenter les prix en espérant le meilleur. Cela nécessite une refonte complète du produit, du marketing et de l'expérience sur le terrain. La Thaïlande est actuellement au cœur de cette ambitieuse transformation.

Premièrement, le gouvernement joint le geste à la parole. La pression pour que davantage de nationalités puissent voyager sans visa est une tactique directe et astucieuse pour attirer ces touristes désirables. Ils ont déjà supprimé certaines exigences pour les voyageurs en provenance de Chine, d'Inde, de Taïwan et du Kazakhstan. Supprimer cet obstacle initial que constitue une fastidieuse procédure de demande de visa revient à dérouler un tapis de bienvenue géant. C'est un signal qui dit : « Nous vous souhaitons la bienvenue et nous vous avons simplifié la tâche. »

Mais on ne peut pas simplement inviter des clients fortunés et leur offrir une expérience médiocre. Le secteur privé s'efforce de se moderniser. Cela implique de s'éloigner des autocars bondés et standardisés. Les nouveaux mots d'ordre sont « expérientiel » et « durable ».

Imaginez passer des visites de groupe bondées du Grand Palais à des visites privées en dehors des heures d'ouverture. Au lieu d'une excursion bondée en bateau à longue queue sur les îles Phi Phi, le nouvel idéal est de louer un yacht pour une famille seule, à la recherche d'une crique isolée. L’accent est désormais mis sur le tourisme de niche : retraites bien-être, circuits gastronomiques, vacances de golf haut de gamme et tourisme médical spécialisé.

C'est là que se trouve le véritable intérêt. Un couple passant une semaine dans un luxueux complexe bien-être à Chiang Mai, avec massages quotidiens, repas bio et cours de yoga, dépensera plus que vingt routards logés en auberge. C'est une question d'économie simple, et c'est beaucoup plus respectueux des infrastructures et de l'environnement locaux.

Les hôtels repensent leur offre. Les voyagistes créent des itinéraires sur mesure. Les restaurants mettent en avant des tables étoilées Michelin et une cuisine locale authentique. L'écosystème tout entier est repensé pour cibler un visiteur aussi ouvert d'esprit que de budget.


La route semée d'embûches vers un avenir cinq étoiles

Bien sûr, ce grand projet n'est pas sans embûches. Tenter de transformer en profondeur une industrie de plusieurs milliards de dollars en gestation depuis des décennies, c'est comme tenter de faire dévier un navire de croisière sur un fleuve étroit. C'est possible, mais ce sera lent et difficile, et vous pourriez rencontrer quelques difficultés en cours de route.

Le risque le plus immédiat est d’aliéner les voyageurs à petit budget qui constituent le fondement du tourisme thaïlandais depuis un demi-siècle. La vie des routards à Khao San Road, les compagnies aériennes low cost desservant Bangkok, les maisons d'hôtes abordables sur chaque île : tout cela représente une part importante de l'économie. Si le discours national se résume au luxe, on risque fort de tuer la poule aux œufs d'or, même si elle est un peu moins dorée aujourd'hui.

Il y a aussi le défi des infrastructures. Certes, un cheik milliardaire pourrait vouloir louer un superyacht, mais la Thaïlande dispose-t-elle de suffisamment de marinas et de services pour répondre à une hausse soudaine de la demande ? Les aéroports des destinations touristiques populaires sont déjà saturés en haute saison. Accueillir un nouveau type de touristes ne résout pas forcément le problème de l'affluence si le volume global reste élevé.

Et parlons de l’éléphant dans la pièce, ou peut-être du dragon. Une économie entière a été construite pour servir le marché chinois. Des guides touristiques parlant mandarin aux restaurants proposant des menus chinois en passant par les boutiques acceptant Alipay, des milliers d'emplois et d'entreprises sont directement liés à cette demande spécifique. Un changement stratégique, bien que nécessaire, place ces personnes dans une situation précaire. Reconvertir et adapter l'ensemble de la main-d'œuvre ne se fait pas du jour au lendemain.

Enfin, il y a la concurrence mondiale. La Thaïlande n'est pas le seul pays à avoir constaté cette tendance vers un tourisme de luxe. Le Vietnam, la Malaisie, Bali et les Maldives se livrent une concurrence acharnée pour attirer les mêmes voyageurs fortunés. La Thaïlande a peut-être une longueur d'avance en termes de notoriété, mais elle n'est plus le seul pays haut de gamme d'Asie du Sud-Est.


Un pari nécessaire pour une nouvelle ère

Alors, le pari risqué de la Thaïlande est-il judicieux ? Tout porte à croire que oui. S'appuyer sur un marché de masse chinois instable et volatil a toujours été une stratégie risquée à long terme. La pandémie et les bouleversements économiques qui ont suivi ont rapidement mis en évidence cette vulnérabilité.

Ce pivot ne consiste pas tant à abandonner la Chine qu’à construire un portefeuille touristique plus résilient et diversifié. C'est l'équivalent économique de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. En courtisant activement les marchés à forte consommation comme l'Inde, le Moyen-Orient et les voyageurs occidentaux long-courriers, la Thaïlande assure l'avenir de son secteur le plus important.

Le chemin ne sera pas sans embûches. Il y aura des difficultés de croissance, et le gouvernement devra marcher sur la corde raide, veillant à ne pas sacrifier sa culture touristique dynamique et diversifiée au nom du luxe. Mais la direction est claire.

L’époque où l’on courait après les chiffres du tourisme pour faire la une des journaux est révolue. La Thaïlande a décidé qu'elle préférait accueillir un cheikh sur une île privée plutôt que dix bus remplis de touristes à petit budget. Il s'agit de privilégier la valeur au volume, l'expérience à l'itinéraire, et de bâtir un modèle économique durable, capable de résister aux chocs mondiaux. Le royaume ne se contente pas d'attendre le retour des touristes ; il choisit activement ceux qu'il souhaite accueillir. Et pour la première fois depuis longtemps, il fait le choix de la qualité.

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